CBD : ce que la loi prépare pour 2027, et quels partis politiques soutiennent encore la filière

Conseil d’État, PLF 2027, Novel Food : ce qui attend le CBD en 2027 en France. Enquête sur les échéances réglementaires et la carte des soutiens politiques.

Il y a une phrase qui revient dans presque toutes les conversations avec les professionnels du chanvre cet été : « on ne sait jamais de quoi l’automne sera fait. » Ce n’est pas de la coquetterie. Depuis quatre ans, la filière française du cannabidiol vit au rythme des projets de loi de finances, des arrêtés ministériels et des décisions de justice administrative, avec une régularité qui rend toute planification industrielle acrobatique.

L’année 2027 s’annonce comme la plus décisive de cette séquence. Trois échéances distinctes vont s’y télescoper — une décision de justice, un budget, et une élection présidentielle — et leur combinaison déterminera si le CBD français reste une filière agricole et commerciale à part entière ou devient un marché résiduel. Tour d’horizon de ce qui se joue, et de qui soutient quoi.

Le point de départ : ce que 2026 a déjà changé

Pour comprendre 2027, il faut revenir sur dix-huit mois de secousses.

Novembre 2025 — l’accise évitée de justesse. L’article 23 du projet de loi de finances 2026 prévoyait d’assimiler le CBD fumable au tabac manufacturé : une accise de 25,7 %, et une distribution réservée aux seuls buralistes. Autrement dit, la fin du modèle des boutiques spécialisées. L’Assemblée nationale a supprimé l’article dans la nuit du 19 au 20 novembre 2025. Le régime fiscal est resté la TVA à 20 %, sans taxe spécifique.

Mai 2026 — le coup de massue alimentaire. La Direction générale de l’alimentation a lancé le 15 mai 2026 un plan national de contrôles appliquant strictement le règlement européen Novel Food (UE) 2015/2283. Retirés du marché : huiles vendues comme compléments alimentaires, gélules, gummies, chocolats, boissons, infusions de sommités fleuries. Maintenus : fleurs et résines, e-liquides, cosmétiques, infusions de feuilles, huile de graine de chanvre. Aucun délai de mise en conformité n’a été accordé.

Juillet 2026 — le premier round judiciaire perdu. Saisi en référé par l’Union des professionnels du CBD (UPCBD) et l’Union des industriels de la valorisation des extraits de chanvre (UIVEC), le Conseil d’État a rejeté la demande de suspension le 10 juillet 2026 (décision n° 516668). Le juge n’a pas tranché sur la légalité de l’interdiction : il a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le plan bloquant surtout la délivrance de nouvelles attestations plutôt qu’entraînant des saisies automatiques de stocks.

C’est ce point qui rend 2027 ouvert : le fond n’a jamais été jugé.

Une filière qui pèse plus qu’on ne le croit

Le débat public traite volontiers le CBD comme un sujet marginal. Les ordres de grandeur disent autre chose.

La France est le premier producteur européen de chanvre industriel, avec plus de 20 000 hectares cultivés et environ 1 300 à 2 000 exploitations selon les périmètres retenus. Le rendement à l’hectare est estimé à environ huit fois celui du blé, sur une culture qui ne nécessite ni irrigation ni produit phytosanitaire — un argument agronomique que les producteurs de CBD français mettent régulièrement en avant auprès des parlementaires.

En aval, on compte entre 2 000 et 2 500 boutiques spécialisées sur le territoire, environ 6 000 emplois directs dans le commerce de détail, et jusqu’à 40 000 à 80 000 emplois si l’on intègre production et distribution. Le chiffre d’affaires du seul segment alimentaire visé par le plan DGAL est évalué autour de 200 millions d’euros, et représenterait environ 40 % du chiffre d’affaires d’une boutique spécialisée type.

Côté consommateurs, les estimations convergent vers 10 % de la population française, soit environ six millions de personnes ayant déjà consommé du CBD — une pénétration inférieure à la moyenne européenne, estimée à 16 %.

Un dernier chiffre, moins visible mais lourd de conséquences : les organisations professionnelles signalent un vide assurantiel croissant. Les contrats multirisques professionnels excluent fréquemment le CBD via des clauses visant les « substances réglementées », laissant les détaillants exposés sur leur principal actif — le stock.

Les trois échéances de 2027

Le recours au fond devant le Conseil d’État

C’est le rendez-vous le plus structurant. L’examen au fond du recours UPCBD-UIVEC est programmé pour l’automne 2026, avec une décision attendue dans la foulée, potentiellement début 2027. Les juges devront trancher une question que le référé a laissée intacte : le plan DGAL est-il une application correcte du règlement Novel Food, ou une surtransposition française ?

L’enjeu dépasse le cas d’espèce. Une annulation rouvrirait le marché alimentaire du CBD ; une validation consoliderait durablement une doctrine restrictive que d’autres États membres n’appliquent pas avec la même sévérité.

Le projet de loi de finances 2027

Présenté à l’automne 2026, discuté jusqu’en fin d’année, il porte le risque fiscal. La suppression de l’article 23 en 2025 a été obtenue à une courte majorité et dans un contexte parlementaire très fragmenté ; rien ne garantit qu’une disposition équivalente ne réapparaisse pas, sous une rédaction différente, dans un budget contraint par la recherche d’économies.

Les professionnels surveillent trois formulations possibles : une accise sur les produits fumables, un relèvement du taux de TVA applicable, ou une restriction des canaux de distribution présentée comme mesure de santé publique plutôt que comme mesure fiscale.

L’échéance européenne

En arrière-plan, une quinzaine de dossiers d’autorisation Novel Food restent pendants devant l’Autorité européenne de sécurité des aliments. Aucun produit au CBD n’a jamais été autorisé à ce titre. Un premier avis favorable changerait la donne pour toute la filière européenne — mais le calendrier de l’EFSA reste incertain, et l’autorité a déjà signalé des points de vigilance toxicologiques qu’elle juge non résolus.

Les partis politiques face au CBD : la carte des soutiens

Le CBD souffre d’un problème de cadrage : il est régulièrement traité, dans le débat parlementaire, comme un sous-produit du dossier cannabis récréatif. Ce glissement structure les positions.

FormationPosition sur le cannabis récréatifAttitude vis-à-vis de la filière CBD
La France insoumiseFavorable à la légalisation, inscrite au programme de longue dateFavorable, défense active de la filière agricole
Les ÉcologistesFavorables à la légalisation encadréeFavorables, angle agricole et écologique
Parti socialistePosition ouverte, sans consensus interne fermePlutôt favorable au maintien du cadre existant
Renaissance / EnsembleOfficiellement opposé, mais des voix dissonantesDivisé : c’est là que se joue l’arbitrage
Les RépublicainsOpposésSensibles à l’argument agricole et entrepreneurial
Rassemblement nationalOpposé, ligne répressive assuméeDéfense ponctuelle des producteurs, hostilité aux boutiques

Le fait marquant de la législature reste le rapport parlementaire remis le 17 février 2025 par les députés Antoine Léaument (LFI) et Ludovic Mendes (Ensemble pour la République). Fruit de dix-sept mois de travaux, ce document de plus de 300 pages formule 63 recommandations et acte l’échec du « tout répressif ». Les deux rapporteurs, issus de camps opposés, divergent sur les modalités — monopole public pour l’un, opérateurs privés supervisés par une autorité de régulation pour l’autre — mais convergent sur le diagnostic.

Ce précédent est important pour le CBD, non parce qu’il porte sur le même produit, mais parce qu’il démontre qu’une majorité transpartisane sur les questions de cannabis est arithmétiquement concevable à l’Assemblée.

À l’inverse, la ligne défendue par le Rassemblement national — Jordan Bardella s’étant prononcé publiquement contre toute légalisation, Éric Ciotti ayant proposé de porter l’amende de 200 à 1 000 euros — laisse peu de place à une distinction fine entre cannabidiol et THC.

2027, année présidentielle : le facteur d’incertitude

Une élection présidentielle produit mécaniquement deux effets sur un dossier comme celui-ci.

Le premier est un effet de gel. Aucun exécutif sortant n’ouvre volontiers un dossier « drogue » à six mois d’un scrutin. Les arbitrages techniques favorables à la filière ont donc peu de chances d’aboutir au premier semestre 2027.

Le second est un effet de tribune. La campagne oblige les formations à écrire noir sur blanc ce qu’elles proposent. Pour une filière qui souffre avant tout d’un déficit de reconnaissance institutionnelle, c’est aussi une fenêtre : obtenir que le chanvre bien-être soit traité comme une filière agricole, et non comme un dossier de sécurité intérieure, est un objectif de plaidoyer plus atteignable qu’une légalisation.

Questions fréquentes

Le CBD sera-t-il interdit en France en 2027 ?

Rien ne l’indique. Les fleurs, résines, e-liquides et cosmétiques au CBD restent légaux sous le seuil de 0,3 % de THC, et leur commercialisation est protégée par la jurisprudence du Conseil d’État de décembre 2022. Le risque porte sur le segment alimentaire et sur la fiscalité, pas sur une prohibition générale.

Une taxe sur le CBD est-elle prévue en 2027 ?

Aucune n’est adoptée à ce jour. Le régime reste la TVA à 20 %. Le projet de loi de finances 2027, présenté à l’automne 2026, constitue le principal point de vigilance — une disposition proche de l’article 23 du PLF 2026 pourrait y être réintroduite.

Quel parti soutient le plus la filière CBD française ?

La France insoumise et Les Écologistes portent les positions les plus favorables. Mais l’arbitrage réel se joue au centre : c’est la position des députés Renaissance et apparentés qui a fait basculer le vote de novembre 2025.

Que dit le Conseil d’État sur le CBD alimentaire ?

Il a rejeté le 10 juillet 2026 la demande de suspension en urgence, sans se prononcer sur le fond. L’examen au fond, programmé à l’automne 2026, reste donc entièrement ouvert.

En résumé

2027 ne sera pas l’année de la légalisation du cannabis en France — les équilibres parlementaires ne le permettent pas. Ce sera en revanche l’année où se décidera le périmètre durable du CBD légal : quels produits, à quel taux de taxation, vendus par qui.

Trois dates à surveiller : la décision au fond du Conseil d’État, le vote du PLF 2027 à l’automne 2026, et les programmes présidentiels du printemps. Pour une filière qui représente plusieurs dizaines de milliers d’emplois et le premier gisement européen de chanvre, l’enjeu n’est plus de savoir si elle sera tolérée, mais si elle sera enfin traitée comme ce qu’elle est : un secteur agricole et commercial ordinaire.